Le Maroc veut devenir une place internationale de la finance islamique

Le Maroc veut devenir une place internationale de la finance islamique par Juridika | 2014-04-01

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Déjà doté d’une place financière qui ne cesse de se confirmer comme hub africain, le Maroc aspire à devenir une place internationale de la finance islamique, offrant des produits conformes à la Charia. "Le Maroc a tous les ingrédients pour devenir une place internationale de la finance islamique", estime Pr. Omar KETTANI, expert international en la matière.

Nombreux facteurs plaident en faveur de cette aspiration marocaine, dont "le vide constaté en la matière au niveau du Maghreb et d’Afrique du nord", indique le Pr. KETTANI, pour qui le Maroc demeure "le seul pays à même de remplir ce vide" dans la région, au moment où d’"importantes" places financières islamiques internationales ont pu être développées en Malaisie, au Bahreïn ou encore en Angleterre.

Alors qu’une nouvelle réglementation bancaire sur l’introduction de la finance dite participative est attendue pour bientôt au Maroc, le secteur dispose d’un grand potentiel de développement au niveau national aussi bien sur le plan de l’amélioration de la bancarisation, du financement du développement que de l’attraction des capitaux, en particulier ceux des pays du Golfe traditionnellement orientés vers des placements islamiques.

Bien qu’il regrette l’option du gouvernement de procéder à un amendement de la loi bancaire pour introduire la finance islamique au lieu d’y consacrer une réglementation à part entière, ce qui est de nature à limiter son apport en consacrant le monopole des banques conventionnelles sur ce créneau, le Pr. KETTANI confie à la MAP que les conditions de réussite pour le secteur sont bien réunies.

C’est d’abord "un secteur vierge" où une partie de la population n’est pas bancarisée pour des raisons de "principes religieux", rejetant le système bancaire "usuraire" (utilisant "illégitime" de la « riba » ou du taux d’intérêt), d’autant plus que d’après les enquêtes réalisées, la population attend avec impatience l’ouverture de cette opportunité pour pouvoir faire un choix réel sur le marché, entre le système conventionnel et la banque islamique.

Il y a pas mal d’entreprises qui ne font pas d’opérations par l’intermédiaire des banques, et de particuliers qui prêtent ou empruntent de l’argent sans passer par le circuit bancaire, une population qui pourrait être ravie de trouver une alternative au niveau des banques islamiques. Et donc le premier résultat attendu c’est l’augmentation de la bancarisation, estimée actuellement à 51 % selon les statistiques officielles, voire à 27 % selon la Banque Mondiale, indique l’économiste.

Le deuxième résultat espéré de l’introduction de la finance islamique, à ses yeux, c’est sa contribution à élargir la part de l’argent destiné à l’investissement productif et créateur d’emplois, dans une économie réelle, loin de la sphère spéculative.

En effet, le système de finance islamique est de nature à augmenter les disponibilités liquides des banques, qui peuvent jouer un rôle plus important dans le financement de l’économie et du développement économique, d’où un impact assuré au niveau de l’accélération de l’activité.

Pour l’universitaire, la mise en place de ce système est à même non seulement d’élargir l’assiette de l’épargne à l’intérieur du Maroc mais aussi d’"attirer les capitaux qui cherchent des placements financiers islamiques comme les capitaux des pays du Golfe". Actuellement, les seuls pays qui sont excédentaires sur le plan financier sont les pays du Golfe avec une accumulation de capitaux estimée à plus 450 milliards de dollars.

Sachant que l’une des conditions principales que ces pays imposent en matière d’investissement "c’est que leur argent soit utilisé dans le cadre d’une finance islamique", l’analyste financier estime que le fait de s’ouvrir à la finance islamique "va attirer certainement une partie de ces capitaux".

"Cela devrait augmenter de manière très sensible l’investissement au Maroc et là c’est une opportunité à ne pas rater", a-t-il dit.

Il s’agit d’une fenêtre d’opportunité extrêmement importante d’autant plus que le marché mondial de la finance islamique dispose d’un potentiel de croissance hautement important. C’est un marché estimé à 1300 milliards de dollars, avec une croissance annuelle à deux chiffres, de 15 à 20 %. La finance islamique ne représente certes que 1 % de la finance internationale "mais ce taux même minime en termes de pourcentage est très important en termes de croissance", indique l’économiste. "Les perspectives de croissance sont donc énormes, ce qui fait que tout le monde regarde les excédents des pays du Golfe, alors que la clé d’attirer ces capitaux c’est la finance islamique", a-t-il insisté.

En outre, a-t-il poursuivi, le Maroc pourrait miser sur ce créneau pour faire la conquête du marché africain. "On est les mieux placé sur ce plan, et la dernière visite royale en Afrique, couronnée par la signature de plusieurs contrats économiques, a bien montré qu’on a un potentiel énorme au niveau continental", a-t-il affirmé. Malgré ce grand potentiel, l’universitaire s’attend à un impact limité de la prochaine réglementation, dû principalement à la solution choisie, "inférieure aux attentes" dans le sens où elle devrait "profiter particulièrement aux banques conventionnelles qui vont lancer des filiales de banques islamiques à caractère commercial". Un créneau où il considère que "le risque est minime, où le financement directe de l’économie est minime et où le gain est presque garanti parce qu’une part très importante de la population va souscrire à ces opérations commerciales, sans pour autant que les petites et moyennes entreprises n’en profitent, le financement participatif étant un financement à risque".

"Les banques conventionnelles n’aiment pas particulièrement financer les PME, mais plutôt les grandes entreprises ou les besoins des particuliers au niveau de la consommation ou de l’achat de logement. Or on a besoin aussi de la version d’investissement et sociale des banques islamiques qui a été totalement éliminée pour ne garder que la plus mauvaise, la version commerciale, la plus pauvre et moins utile sur plan économique et social", a-t-il conclu.

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